
Il est très regrettable que la plupart des organisations ne sachent pas comment éliminer les obstacles liés à l'emploi auxquels sont confrontés les travailleurs en situation de handicap. De plus, on part souvent du principe que l'embauche de personnes en situation de handicap est complexe ou contraignante. Cependant, la communauté de l'accessibilité sait pertinemment que l'embauche de personnes en situation de handicap est tout simplement la bonne chose à faire.
Il est évident qu'un moyen de faire passer ce message consiste à briser le mythe selon lequel les personnes en situation de handicap ne sont pas autonomes et à présenter clairement les mesures simples que les organisations peuvent prendre pour créer un lieu de travail accessible.
Étape préalable n° 1 : les personnes en situation de handicap sont autonomes
La plupart des employeurs ignorent que les personnes en situation de handicap sont autonomes dans leurs activités quotidiennes. Par exemple, elles utilisent des technologies d'assistance pour naviguer seules sur Internet. Même si les personnes en situation de handicap ne le comprennent pas forcément parce qu'elles ne connaissent pas bien ces technologies, cela ne signifie pas pour autant qu'il faille supposer qu'elles ne peuvent pas utiliser Internet de manière autonome.
Les organisations peuvent également ne pas savoir comment une personne en situation de handicap mène ses activités quotidiennes de manière autonome, comme se rendre au bureau et en revenir. Il incombe à l'organisation ou au service des ressources humaines de ne pas partir du principe que les personnes en situation de handicap ne sont pas capables d'accomplir leurs tâches quotidiennes, simplement parce qu'elles ne parviennent pas à se mettre à leur place ou qu'elles ne connaissent pas les technologies et les moyens qui permettent à ces personnes de mener une vie autonome.
Comment créer un lieu de travail accessible
Cela dit, certains employeurs ne savent peut-être pas comment mettre en place un lieu de travail accessible. Par exemple, ils ignorent peut-être qu’il leur incombe de fournir un logiciel de lecture d’écran à une personne malvoyante. Étant moi-même malvoyant, voici quelques mesures importantes que mon employeur met en œuvre pour garantir l’accessibilité de notre lieu de travail :
- Échanges par e-mail : tous les e-mails envoyés en interne sont accessibles. Cela peut être réalisé de plusieurs façons simples. Par exemple, toutes les images contenues dans les e-mails sont accompagnées d'une description textuelle (texte alternatif). Les e-mails jouant un rôle essentiel dans l'exercice de nos tâches quotidiennes, si ceux-ci n'étaient pas accessibles, j'aurais été privé d'un aspect crucial de mon travail.
- Préparation des réunions : diffusez à l'avance les présentations accessibles afin de permettre aux personnes en situation de handicap d'en assimiler le contenu avant la présentation proprement dite. Il est courant dans mon entreprise d'organiser des réunions mensuelles. Les intervenants doivent envoyer leur présentation à l'organisateur de la réunion au moins un jour avant celle-ci. Le présentateur ou l'organisateur doit s'assurer que la présentation est accessible, puis la diffuser à l'avance. Cela s'avère particulièrement utile si la présentation comprend des tableaux, des graphiques, etc. complexes. Cela me permet de comprendre le sens voulu de la diapositive lors de la présentation proprement dite.
- Outils internes : l'intranet, les systèmes de saisie des heures, les systèmes de gestion des notes de frais ou tout autre logiciel interne doivent être accessibles. Dans mon entreprise, tous les logiciels internes sont accessibles. Imaginez ce qui se passerait si ces systèmes n'étaient pas accessibles : je ne serais pas en mesure de remplir ma feuille de présence de manière productive et autonome, d'accéder à des informations importantes sur l'entreprise ou de soumettre mes notes de frais.
- Documents internes : les cahiers des charges, les fichiers PDF, les documents Word, les présentations PowerPoint et les fichiers Excel doivent tous être accessibles. Dans le cadre de mes fonctions, les cahiers des charges sont essentiels pour que je puisse mener à bien mon travail. Au début de chaque projet, je dois être en mesure de comprendre le périmètre, les informations essentielles et le calendrier du projet. Si ces documents ne sont pas accessibles, ma capacité à faire mon travail s'en trouve fortement limitée.
- Outils de réunion en ligne : les logiciels de visioconférence tels que GoToMeeting, Webex ou Zoom doivent être accessibles. Dans le cadre de mes fonctions, je participe constamment à des appels avec des clients et à des réunions internes. Les versions accessibles de ces logiciels me permettent de couper le son, de désactiver ma caméra ou de discuter via mon outil d’assistance sans me retrouver bloqué dans une navigation inaccessible. De plus, il est recommandé que les grandes réunions du personnel soient accompagnées d’un sous-titrage en direct pour les personnes malentendantes.
- L'assistance visuelle : il s'agit d'un domaine que certaines entreprises ne connaissent peut-être pas bien. Dans le cadre de mon travail, je dois réaliser des audits d'accessibilité sur divers sites. Lors de ces audits, il m'arrive de ne pas pouvoir comprendre l'intégralité d'une page, car les sites contiennent des éléments inaccessibles. Pour remédier à cela, une personne voyante s'assoit à mes côtés et m'explique la page dans son intégralité : c'est ce qu'on appelle l'assistance visuelle. L'explication de la page nous aide à la visualiser et nous permet également d'identifier avec précision les problèmes d'accessibilité. De cette manière, je peux être sûr des problèmes que j'ai signalés au client. Disposer de ressources dédiées à l'assistance visuelle au sein de notre organisation est essentiel pour que je puisse accomplir mon travail en toute confiance et de manière exhaustive.
- Responsabilité et égalité des chances : certaines organisations embauchent une personne en situation de handicap, mais hésitent fortement à lui confier la responsabilité des différentes tâches. Les personnes en situation de handicap devraient bénéficier des mêmes responsabilités et des mêmes chances que les personnes valides. Point final.
- Ressources externes : notre organisation veille non seulement à l'accessibilité des outils et documents internes, mais exige également que toutes les ressources destinées au public soient accessibles. Par exemple, notre site web, nos factures, nos devis, etc. sont tous accessibles. Cela montre clairement que l'accessibilité n'est pas négociable et me conforte dans l'idée que l'accessibilité est une priorité pour mon employeur.
- Accessibilité des locaux : j’ai déjà évoqué à quel point l’accessibilité numérique m’a aidé à mener à bien notre mission. L’environnement de travail est tout aussi important dans un espace de travail numérique. La présence de moquette dans les locaux permet aux employés malvoyants de s’orienter plus facilement. Le bâtiment présente également un agencement simple, sans longs couloirs, ce qui évite aux personnes malvoyantes de se perdre.
- Transport : Enfin, et ce n’est pas le moins important, notre employeur met à la disposition de notre bureau un service de transport destiné aux salariés en situation de handicap. Grâce à ce service, mes trajets domicile-travail sont plus fluides et plus faciles.
Tous les facteurs mentionnés ci-dessus me permettent d'exercer mon métier en toute autonomie et m'aident à mener ma vie professionnelle et personnelle dans la dignité et l'égalité. Je suis fermement convaincue que si un employeur commençait à mettre en place des aménagements raisonnables pour permettre aux salariés en situation de handicap de travailler de manière autonome, ces derniers deviendraient eux aussi autonomes, à l'instar de moi-même.